mardi 10 juin 2008

Lil Wayne - That Carter III (Cash Money Records/Universal Motown - 2008)

Lil Wayne est très loin d'avoir le même pédigrée que la plupart de ses confrères du hip hop américain. Au lieu du parcours "classique" (enfance dans une famille mono parentale, embrouilles dans la rue, deal de drogue, prison puis rédemption via le hip hop), Lil Wayne, de son nom de baptême Dwayne Michael Carter Jr a été signé à l'âge de 13 ans par ses patrons actuels, Brian "Baby" Williams et Ronald "Slim" Williams sur Cash Money Records pour jouer les seconds rôles sur la scène rap de la nouvelle Orléans. Son quart-d'heure de gloire semble sonner avec le succès des Hot Boyz, le groupe qu'il forme en 1997 avec Turk, Juvenile et B.G. et qui s'impose très rapidement dans les charts US, faisant de Cash Money le successeur de No Limit et initiant la vague du rap sudiste, dont on attend encore aujourd'hui le reflux. Le groupe explose rapidement après trois albums et la carrière solo de Lil' Wayne ne décolle pas vraiment à la hauteur de ses prétentions, le renvoyant à son rang et statut de second couteau alors que notre jeune homme se rêve de la stature d'un Nas, d'un Jay-Z ou encore d'un Snoop Dogg. Aspirant à rien de moins que le titre de "plus grand rappeur vivant", Lil Wayne se lance alors, consciemment ou pas, dans l'un des plus formidables hold-up du hip hop des années 2000: puisque le monde du hip hop ne veut pas de lui, il va devenir litérallement le monde du hip hop à lui tout seul. En quelques années, avec une force de travail et une constance dans l'inspiration qui force le respect, Lil Wayne a sorti ou est apparu plusieurs centaines de morceaux sous toutes les formes (mixtapes, remixes, albums solo ou avec Baby) saturant litérallement le marché, gagnant une réelle popularité et ses galons de superstar. Tha Carter III était donc attendu comme le messie du renouveau du hip hop. Rien que la photo de bébé sur la pochette est gonflée, plaçant stylistiquement Tha Carter III sur les traces du Ready To Die du Notorious B.I.G. et du Illmatic de Nas. Ne vous attendez pas cependant à la même claque. Tha Carter III est bon album de hip hop mais qui contrairement à ceux d'un autre et illustre Carter, marquera moins l'histoire du hip hop pour ses qualités intrinséques que pour l'incroyable charisme de son auteur. Lil' Wayne est surtout désormais une putain de rockstar, avec un flow particulier et immédiatement reconnaissable comme celui des plus grands et est capable de fulgurances verbales comme peu. Après on lui pardonnera donc le côté ouvertement FM des choeurs sur pas mal de ses morceaux, ne serait-ce que par qu'il sait contrebalancer des duos avec Babyface comme T-Pain avec le conceptuel Dr. Carter, le très efficace Lollipop ou l'infernal A Milli. Bienvenue en première division Lil Wayne. A toi d'y rester.

You probably already know everything about Tha Carter III. So what's the point?


Lil Wayne - A Milli

dimanche 8 juin 2008

Sage Francis @ Villette Sonique, 8 juin 2008, Paris

Après plusieurs jours de météo pourrie, le soleil semble enfin vouloir faire une timide apparition et la température devient plus clémente. Le temps idéal pour aller flâner avec femme et enfants au Parc de la Villette et profiter du festival Villette Sonique. D'autant que Sage Francis est de passage à Paris et que le boss du label Strange Famous Records bénéficie d'une excellente réputation scénique. La première partie est assurée par B. Dolan, gros nounours à la dégaîne de biker (barbe et crâne rasé) pour un rapide show qui fait le grand écart entre hip hop dark d'obédience East Coast et le barnum où vêtu d'une magnifique et seyante combinaison blanche à pattes d'éléphant notre homme tente, entre trois vannes foireuses, de battre son record personnel de saut par dessus d'un ampli de retour. Le public est bon enfant, apprécie et est chaud bouillant pour l'arrivée de Sage Francis, poids lourd, au propre comme au figuré, du hip hop backpacking. L'homme est définitivement un O.R.N.I: un Objet Rapologique Non Identifiable, à mille lieux des clichés hip hop. Farouchement indépendant, plutôt engagé politiquement, fortement ancré dans l'expérimentation, son répertoire se référe autant au hip hop old school, qu'à la house (le sample du Pump Up The Volume de M/A/R/R/S utilisé sur Civil Obedience), la country (Johnny Cash bien sûr, qui semble gagner ces derniers temps ses galons d'OG parmis le milieu hip hop) ou plus classiquement le rock alternatif. Son univers n'est ainsi pas forcément des plus immédiatement accessibles mais a néanmoins le mérite d'être réellement personnel et surtout délaisse le jus de cerveau pour ne pas oublier l'essentiel: un bon morceau de rap n'est rien sans un gros beat qui tue. Malgré une mise en scène pour le moins minimaliste (un lecteur CD pour jouer ses instrus et un micro) et semble-t-il assez handicapé par son poids pour bouger, Sage Francis, loin du minimum syndical de pas mal de poids lourds ricains dès qu'ils traversent l'Atlantique, a su assurer un excellent show d'une bonne heure, prouvant ainsi qu'il est sans doute le meilleur rappeur blanc barbu du circuit.
Sage Francis, accompanied by his Strange Famous Records label mate and showman B. Dolan made an impressive show at Villette Sonique outdoor festival in Paris.

samedi 7 juin 2008

The American Boogie Down - America's Lost Disco, Funk & Boogie (BBE/Past Due/Still Music - 2008)

Créé à Chicago par Jérôme Derradji, Past Due Records s'est donné pour mission de creuser au plus profond des arcanes vynile de la musique afro-américaine pour en exhumer incunables et raretés disco et funk, qui n'ont même jamais parfois dépassé le stade de la démo. The American Boogie Down, assemblée avec la complicité des anglais aux oreilles grandes ouvertes de BBE, en constitue la première manifestation sur CD que je connaisse, dans une version mixée (le premier CD) et en version non mixée (le deuxième CD). Ma préférence va bien sûr au CD non mixé, qui permet de pleinement profiter de la qualité des morceaux réunis. Deux s'en détachent particulièrement. You Are Number One de Devarne, d'abord, une honnête mère de famille dont la carrière ne dépassa jamais le stade de la démo et les limites de son quartier mais qui sur ce 12'', dans un accès de fulgurance, se hisse au niveau des meilleures divas disco de l'époque, entre Diana Ross et Jocelyn Brown. Galaxy, ensuite, de Visions Of Tomorrow, groupe de reprise qui écuma toutes les MJC de l'Alabama mais qui sur Galaxy touche du doigt ce qu'un géant comme Herbie Hancock cherchait aussi à approcher à la même époque: un electro funk instrumental et synthétique, faisant le grand écart entre le jazz et la soul, encore imparable aujourd'hui.

Amazing and rare disco and funk tracks, carefully assembled by Jerome Derradji for his reissue label, Past Due Records.

Visions Of Tomorrow - Galaxy