dimanche 14 septembre 2008

Simian Mobile Disco - Sample And Hold: Attack Decay Sustain Release (Wichita - 2008)

Les Simian Mobile Disco ont réussi un quadruple exploit:

- Devenir les producteurs (enfin surtout James Ford) parmi les plus capés et hype de la planète;
- Etre un des seuls groupes marquants de ces dix dernières années officiant dans le secteur, pourtant jadis porteur, des musiques électroniques;
- Etre aussi forts en live que sur disque (du moins paraît-il car je ne les ai, hélas, jamais vu);
- Réhabiliter avec succès le genre de l'album de remixes, en général peu propice aux chefs-d'oeuvre mais beaucoup plus aux bouses opportunistes.

Dans ce dernier domaine, je me suis amusé à essayer de dénombrer les albums vraiment réussis dans le genre et que j'écoute toujours. J'ai à vrai dire eu beaucoup de mal à trouver un titre. A part peut-être Jazzanova et l'album de remixes d'In Between, Remixed, je pense vraiment réussi. Ah remix, genre maudit, que de merde a-t-on assemblé à la va-vite en ton nom, fournissant des piges à des cachetonneurs de studio qui ne peuvent quand même pas être inspirés à chaque coup (n'est-ce pas les Masters At Work).

Pour tous ces vampires de la médiocrité, écouter Sample And Hold c'est convoqué l'ail et le crucifix. A cause du choix des remixeurs en faît, rares, pour le moins pointus, de bon goût et n'ayant pas encore dépassés la date de péremption en matière d'inspiration mais plutôt en pleine possession de leurs moyens. De Simon Baker, nouveau prodige anglais de la deep house, proche de Jamie Jones, à Invisible Conga People, nouveaux espoirs de DFA, qui envoient I Got This Down se promener du côté de The Orb et de Detroit au tournant des 90's. De Shit Robot, qui assaisonnent It's The Beat à la sauce electro rock à Joakim, qui fait danser l'electro boogie à Hustler. De Pinch, qui se livre au numéro dubstep de rigueur sur I Believe, à Cosmo Vitelli qui n'abandonne pas la pop sur Hotdog mais retrouve le sens du pied qui cogne. Du space disco de Wooden, parfait exercice de Danton Eeprom, à Love, dans la même veine de par les bons soins des Beyond The Wizard's Sleeve, alias Erol Alkan et Richard Norris. Ne reste plus que l'exercice d'electronica noisy des légendes ressucitées (Scott remixé par les mythiques et cultes new-yorkais de Silver Apples) et le portnawak de Chrome Hoof qui reprend Clock, on dira de façon assez absconce dans son approche, et le panorama de ce qui fait frétiller de joie l'internationale des dance-floors élitistes est complet.

Simian Mobile Disco don't satisfy themselves by being one of the best band around. They reinvent the remix album concept with a devastating selection of top notch remixers.

Simian Mobile Disco - Hustler (Joakim Remix)

mardi 9 septembre 2008

Shapes 08:01 - Compiled By Robert Luis (Tru Thoughts Recordings - 2008)

Avec une régularité de métronome suisse, selon une tradition maintenant bien établie et dans l'indifférence la plus totale, Tru Thoughts a sorti juste avant l'été sa compilation/collection de mi-saison, avant une prochaine livraison sans doute pour la fin de l'année. Pour le moment, comme heureusement encore quelques indépendants, le label anglais semble tirer son épingle de jeu en misant et restant fidèle aux genres qui le rendent si précieux aux yeux de ses aficionados: le trip-hop, la soul et le hip hop, avec pour point commun une qualité et une chaleur qui rendent le son Tru Thoughts immédiatement reconnaissable. Ce n'est pas pour rien que Radio Nova vient fréquemment piocher dans les références du label pour constituer sa playlist! Le seul problème des labels à l'image et au son aussi marquants est la difficulté pour les artistes qui y sont signés d'exister en tant que tels et à sortir du lot, aussi brillants soient-ils. Pour le moment seuls Quantic, Nostalgia 77 et Kylie August me semblent y être parvenus et Tru Thoughts et son sous-label Zebra Traffic sont encore à la recherche d'une signature hip hop qui dépasse l'anecdotique aimable. On se jettera néanmoins, à ces deux réserves près, avec gourmandise sur l'ensemble des titres de Shapes, d'autant qu'une bonne moitié sont des remixes inédits. Le Belly Full Of Lead d'Unforscene est une excellente mise en bouche trip hop, qui nous ramène au milieu des 90's, avant le très bon remix reggae d'Humankind d'Alice Russel par le revenant Grant Phabao. Le nouveau venu Milez Benjiman se lance, lui, dans un exercice de R&B un peu pute mais dansant avec Crazy 'bout Ya. Par comparaison Owusu n'a pas de mal à se distinguer en envoyant le Be Known de Up Hygh flirter avec le dubstep, preuve somme toute que le label sait aussi se renouveler, gardant un pied dans l'underground et un autre à l'Hôtel Costes. Pompougnac ne devrait ainsi avoir aucun mal à compiler le remix très deep house de It'll Come de Belleruche par les classieux revenants de Yam Who? Mais la vraie révélation est Kylie Auldist, chanteuse qui ne peut pas ne pas faire penser à Amy Winehouse. Tru Thoughts tient peut-être là sa véritable pépite. Une voix rocailleuse, des cuivres soul, une mélodie qui se fredonne sous la douche: avec d'autres titres du calibre de ce Community Service Announcement et dans un monde parfait , ce serait cette Kylie là qui donnerait des concerts dans les stades.

New compilation by the excellent label, Tru Thoughts Recordings. For this offering, Tru Thoughts keeps its basics and what made each of its references a must-have for crazy collector in mind: trip hop, soul and hip hop.

Kylie Auldist - Community Service Announcement

samedi 30 août 2008

Le Nouveau Justicier de Shangaï (Man Of Iron) (Chang Cheh/Pao Hsueh-Li - Shaw Brothers/Wild Side Video - 1972)

A côté des héros triomphants à l'époque de la blaxploitation, les personnages et drames shaekspeariens de Chang Cheh manquaient un peu de "coolitude". Difficile en effet à l'époque de comparer le très maniéré Ti Lung à, par exemple, un Richard Roundtree. Le Nouveau Justicier de Shangaï consitue donc une partie de la réponse chinoise aux justiciers qui nettoyaient les ghettos de l'Oncle Sam et surtout à Shaft, modèle revendiqué et évident: musique funky calquée au rif wah-wah près sur la B.O. d'Isaac Hayes, veste en cuir de rigueur pour le héro, sexe, brutalité sauvage des combats, héro aux épaules carrées et à la stature massive (Chen Kuan-Tai, véritable champion de kung-fu de son état), montage sec et rythmé. Les changements ne sont cependant que cosmétiques et stylistiques. L'intrigue, elle, ne se démarque par particulièrement des autres films de gangsters de la Shaw Brothers (notamment Le Justicier de Shangaï, dont il consitue la suite) même si elle est asséchée des rebondissements dramatiques traditionnels pour laisser plus de place aux combats: un jeune caïd montant de Shangaï, Qiu Lian-Huan, se heurte aux parrains de la ville pour les beaux yeux d'une prostituée. Il y laissera sa peau non sans avoir exterminé la totalité du gang adverse à l'arme blanche et aux poings. S'avalant d'une traite, ayant plutôt pas mal veilli, dépourvu de la pâtine de série B fauchée qui plombe parfois certains films de Chang Cheh, Le Nouveau Justicier de Shangaï, dans les faits essentiellement réalisé par Pao Hsueh-Li, s'impose comme un sommet du film de gang asiatique.

Essentially realised by Chang Cheh assistant, Pao Hsueh-Li, Man Of Iron (no, not Iron Man) kicks literally ass.