samedi 11 octobre 2008

The Easy Project II - House Of Loungecore (Sequel Records - 1996)

Les bacs à solde des disquaires peuvent receler de fabuleuses merveilles sous l'emballage le plus hideux. Prenez par exemple House Of Loungecore. Le nom lounge, d'abord, fait peur, tant le terme fut dévoyé par des compilations pour mangeoires toutes plus frelatées les unes que les autres et que la nourriture servie dans ces endroits infâmes. Prenez la pochette, ensuite, qui fait de gros efforts pour paraître téléportée des 60's mais qui est juste grotesque: on ne croît pas plus aux couleurs psychés qu'au clône de Georges Lazenby se faisant dégraffer la chemise par une blonde en mini short. Et pourtant, échappée de la vague de réhabilitation de l'easy-listening qui déferla en même temps que l'invention du trip-hop au milieu des années 90, House Of Loungecore fait la part belle à la crême des compositeurs de musique de film britanniques des 60's et 70's (Roy Budd, Laurie Johnson) et à une poignée de requins de studio ici particulièrement inspirés (John Schroeder, Alyn Ainsworthn Tony Hatch), à priori tous publiés sur le label Pye Records. L'inspiration et la tonalité principale sont donc plutôt à chercher du côté de la musique de film ou de la library music de la même époque, plutôt que de l'easy listening stricto sensus, et souffre sans aucune difficulté la comparaison avec ce que sortaient à la même époque Ennio Morricone, Riz Ortalani ou François de Roubaix, avec en plus une petite touche swinging london. Cuivres rutilants, choeurs féminins, guitares wah wah, et envolées de moog sont donc de la partie mais il ne pas faut s'étonner qu'ils fassent subir les derniers outrages au Pinball Wizard des Woo. Et pour les amateurs d'incongruité, il convient de souligner l'étrange ressemblance entre le refrain de la scie Wonderwall d'Oasis et celui du beaucoup moins connu (du moins chez le commun des mortels) Wana Nana Wana Nana de The John Schroeder Orchestra. Signe qui ne trompe pas, le disquaire qui m'a vendu ce disque 5 euros fût particulièrement dégoûté du rapport qualité/prix en ma faveur d'acheteur à l'écoute du disque, réalisant que la qualité du bien aurait justifié facilement 5 euros de plus.

The Harry Roche Constellation - Pinball Wizard

Far from being a frelated bar or restaurant compilation, House Of Loungecore reunites the cream of the crop of british film composers of the 60's and 70's (Roy Budd, Laurie Johnson) and a few, this time well inspired, pop composers (John Schroeder, Alyn Ainsworthn Tony Hatch). The result is not far away from what Ennio Morricone was doing at the same time.

Roy Budd And His Orchestra - Fear Is The Key (Main Theme)

jeudi 9 octobre 2008

Gorge Profonde (Deep Throat) (P.D. Inc. - 1972)

Alors là, afin de ranimer une audience défaillante, Zorba le Break va faire dans le trivial, le cul, la gaudriole, le graveleux. Gorge Profonde, c'est d'abord un film légendaire à la trajectoire hors norme (voir sur ce sujet l'excellent documentaire Inside Deep Throat). Deep Throat, c'est le film que vos parents ou grand-parents babyboomers sont allés voir secrètement en Suisse, dont ils parlent encore l'air émoustillé. Gorge Profonde, c'est la vaguelette qui a annoncé le tsunami pornographique à venir et qui ne s'est depuis jamais tari. En quelques années la libido tout juste libérée des populations productives occidentales va être submergée par un flot interrompue de reproductions sur pellicules de l'acte sexuel de façon non simulée. Ce sont les fresques du Vicola Del Lupanare de Pompei mises enfin à la portée de toutes les bourses...Après cette remise en perspective, je dois convenir que regarder Deep Throat aujourd'hui ne procurera pas la moindre excitation sexuelle au spectateur mâle moyen. Mais on pourra contempler à loisir une époque où la représentation de la chair à l'écran était certes moins esthétique, moins épilée, mais dans l'ensemble vachement plus joyeuse. Sur un fond de papier peint à grosses fleurs et de musique psyché, Linda Lovelace et s'amis se livrent à d'amusantes bacchanales dans une apparente et communicative bonne humeur. Pour un peu, en fait, on se croirait dans les bonus de Boogie Night. Les hardeurs y ont la moustache plus grosse que la bite et la fellation, pénible passage mécanique et obligé dans le porno moderne, y est subtilement mis en abîme par le scénario du film: Linda Lovelace découvre que son clitoris se situe au fond de la gorge et que seule la fellation est à même de lui déclencher des orgasmes.

Deep Throat is the movie that your parents or grand parents went to see secretly in the 70's. Watching nowadays, is like watching Boogie Nights cut scenes: hairy girls, moustaches bigger than dicks and globaly actors having fun on the screen.

jeudi 2 octobre 2008

Africa, j'ai envie de danser comme toi

Le procès de l'Angolagate va enfin s'ouvrir le 6 octobre prochain devant le tribunal correctionnel de Paris après plusieurs années d'investigations mollement menées. Voilà qui ne raménera pas les centaines des milliers de morts des vingt-cinq années de guerre civile et ne résoudra pas non plus le marasme dans lequel l'Afrique se débat depuis la décolonisation. L'actuelle crise financière qui menace d'engloutir les économies occidentales sera de même bien entendue ramassée de plein fouet par des économies déjà vacillantes, qui se verront se fermer un peu plus la pompe à crédits. Pourtant l'Afrique est tendance. L'Afrobeat, de Foals à Vampire Weekend, est la source à laquelle viennent s'abreuver pas mal de groupes actuels, le punk funk, le krautrock et le baile funk commençant déjà à lasser leur monde. Espérons que cette vaguelette permettra à des artistes, déjà frappés par les restrictions de visa (http://www.zonefranche.com/actu_detail.php?actuzfID=829&typeactuzfID=1&PHPSESSID=b9e345f501c755), de gagner une audience trop souvent limitée au public dit de la world music et à d'autres d'enfin gagner la considération méritée.

C'est ainsi toute une scène qui commence à être découverte, du kuduro angolais au sud-africain DJ Mujava, dont le Township Funk, tout juste signé par Warp, affole toute la planète électro. Il faut dire que sa rythmique tribale, entre kwaito et breakbeat, sa mélodie synthétique bontempi à la Aphex Twin et sa basse à la Moroder forment un cocktail puissamment narcotique et entêtant.

DJ Mujava - Township Funk



Raison de plus pour aussi revenir à la source et redécouvrir de bons vieux classiques. Vampisoul se lance dans une réédition des premiers morceaux de Fela sur une très intéressante compilation, Lagos Baby, qui permet de découvrir une autre facette d'un roi de l'Afro-Beat alors encore en devenir.

Fela Ransome Kuti - Lagos Baby

Raison aussi de se rappeler du plaisir que l'on peut prendre à conduire une voiture aux beaux jours, toutes vitres ouvertes, le Disco Hi-Life d'Orlando Julius à tue-tête dans l'autoradio.

Orlando Julius - Disco Hi-Life

Africa is a new trend. Which doesn't mean that Africa will be out of trouble pretty soon.