samedi 25 octobre 2008

La Forteresse Cachée (The Hidden Fortress) (Akira Kurosawa - Toho/Wild Side Films - 1958)

Aborder un chef-d'oeuvre authentique du patrimoine cinématographique mondial est toujours un exercice intimidant en France. Par peur de se frotter à la culture dite "majeure" peut-être, le cinéma ayant été élevé au rang d'art majeur par une école critique ancrée dans la théorie et la posture intellelectuelle pure et n'ayant pas encore su dépasser la politique des auteurs initiée par François Truffaut en 1955. On en oublie, du coup, que si les écrits sont souvent abscons et obscurs, les oeuvres cinématographiques étudiées peuvent être, elles, d'une simplicité et d'une beauté lumineuse. La preuve avec La Forteresse Cachée, chambara picaresque comptant l'épopée d'une princesse, d'un général et de deux voleurs dans la tourmente des guerres des clans du Japon médiéval.

Pourquoi donc crier donc au chef-d'oeuvre pour un banal film d'aventures en kimono? Pour quelques raisons toutes simples:

- Le film a beau avoir été réalisé en noir et blanc en 1958, il reste d'une modernité formelle ébouriffante.
- Mené sans temps mort, son tempo enfonce ue bonne partie de la production contemporaine.
- Sa simplicité, sa lisibilité, son ancrage dans le grand spectacle populaire sont ici des signes manifestes d'intelligence.
- Le cinéma est un art et à contempler l'agencement des plans, la beauté de la photographie, les mouvements de caméra et en regardant juste ce que l'on voit à l'image, on touche du doigt instinctivement ce qui sépare un véritable cinéaste d'un tâcheron.
- Chaque scène paraît anthologique, de la révolte des prisonniers au duel au milieu des drapeaux en passant par les ballets de la fête du feu.
- Il contient en germe tout un cinéma populaire à venir. Le ton picaresque annonce celui du western spaghetti tandis que Georges Lucas confessera être venu y chercher la trame de Star Wars.



The Hidden Fortress is an authentic masterpiece, far from the boring 50's movie I first thought it would be.

dimanche 19 octobre 2008

Fleet Foxes - Fleet Foxes (Bella Union - 2008)

Comment parler de Fleet Foxes? Comment encore trouver un truc original à dire sur ce groupe avec l'hystérie critique qui les entoure? Faut-il vraiment perdre son temps à trouver une approche originale lorsque un quintet fait à ce point l'unanimité? Vous aurez donc compris que tout le monde, de Pitchfork, qui leur a collé un 9.0 ( http://www.pitchforkmedia.com/article/record_review/51076-fleet-foxes-fleet-foxes) aux Inrocks (leur concert prévu à l'Olympia dans le cadre du Festival des Inrocks du mois de novembre a été le premier complet), en passant par par la bande des quatre T Trax, Tsugi, Technikart, Télérama et en fait l'ensemble des blogs musicaux mondiaux, tout le monde trouve ça bien. Il est vrai que la barre est haute. La pochette reproduisant un tableau de Bruegel l'Ancien a impressionné tout le monde et donne au groupe une petite touche intello et cultivée qui flatte l'auditeur et le critique. Rien à reprocher non plus aux artistes mentionnés dans les remerciements de l'album. Il n'y a que du lourd, du sérieux là encore, et nulle influence honteuse italo-disco ou glam rock: Karen Dalton, Brian Wilson, Joanna Newsom, Bob Dylan, Neil Young, John Atkins (non pas Juan Atkins ne rêvez pas), Gilberto Gil, Arthur Lee, Marvin Gaye, Damien Jurado, Paul Simon, John Lennon, Townes Van Zandt, Vashti Bunyan, Van Morrison mais aussi, excusez du peu, Charles Mingus, Stravinsky, Ravel, Debussy, Steve Reich. Alors, devant un tel étalage d'érudition musicale, moi j'ai envie de leur parler aux Fleet Foxes, de tenter de rentrer en contact avec eux Eh oh ça va pas les mecs, vous ne savez pas qu'aujourd'hui la seule influence qui vaille c'est Daft Punk? Vous avez entendu parler de l'afrobeat et du disco?Vous espérez vraiment séduire d'autres personnes que les trentenaires et les quadragénaires amateurs de rock indé? Vous rigolez quand même des fois? Bien sûr c'est super beau votre musique. Il n'y a rien à dire, pas une note de travers. Vos harmonies sont splendides, vos choeurs aériens, vos envolées de chordes magiques. Mais bon, quand même, quand est-ce qu'on danse?

Fleet Foxes - White Winter Hymnal



Splendid music but you can't help to ask a question to those guys: do you have fun sometimes?

Fleet Foxes - He Doesn't Know Why

samedi 18 octobre 2008

Ruthie Foster - The Phenomenal Ruthie Foster (Blue Corn Music/Proper Records - 2006)

Agréable découverte de ce samedi d'octobre ensoleillé, Ruthie Foster semble, si l'on en croit sa biographie officielle, s'être pas mal cherchée et appartient même à la catégorie des chanteurs qui marchent au diesel: de longues années de tournées et de galères dans divers groupes, une signature avortée sur Atlantic et un premier album, The Phenomenal Ruthie Foster, qui commence à trouver son public deux ans après sa sortie. En fait, Ruthie Foster semble avoir trouvé sa voie en se rappelant ses origines texanes et en ancrant sa musique dans ce que les sudistes maîtrisent le mieux (non on ne parle pas ici de dirty south, de snap, de booty bass ou de crunk): la deep soul, le gospel, le blues et la country, genres maîtrisés à la perfection avec la classe, la nonchalence facile désarmante et la perfection des plus grandes, ausquelles la presse U.S. l'a rapidement comparée (Aretha Franklin, Ella Fitzgerald, excusez du peu). Sa reprise du Up Above My Head (I Hear Music In The Air) de Sister Rosetta Thorpe est ainsi tout simplement splendide et rappelle un peu le Way Down In The Hole de Tom Waits, qui sert de générique à la défunte et excellente série The Wire. 'Cuz I'm Here qui ouvre l'album, est lui capable d'en remontrer à pas de jeunes divas de la scène néo-soul, tout comme d'ailleurs Heal Yourself ou Fruits Of My Labor.

Il fallait oser appeler son premier album The Phenomenal. Même les rappeurs shootés au syrup qui pullulent en ces contrées, catégorie d'artistes pas franchement portés sur la modestie, n'avient pas osés. Concernant Ruthie Foster, cela s'est avéré être une excellente idée.

Ruthie Foster - 'Cuz I'm Here

Ruthie Foster is a slow-burner. It took her several years before success came at the door. But when you consider the quality of her first album, The Phenomenal Ruthie Foster, it is largely deserved.