lundi 13 avril 2009

The Brothers Johnson - Look Out For #1 (A&M - 1976)

Les canons du R&B concernant la beauté masculine ont quand même singulièrement évolué en 30 ans. Alors que désormais le moindre choriste se doit de posséder une musculature de gladiateur et dépense mensuellement l'équivalent du PIB du Burkina Faso en coiffeur, les frères Johnson tenaient plus de la crevette filiforme à coiffure afro. Musiciens de studio jouissant d'une plutôt bonne réputation dans le métier, Georges et Louis Johnson sont rapidement repérés par Quincy Jones qui les recrute en 1975 pour une tournée au Japon et pour donner la touche finale à son propre album, Mellow Madness. Le courant passe si bien que Quincy pousse A&M à signer les deux frères et décide de produire lui-même leur premier album, Look Out For #1. C'est le jackpot: l'album finit numéro 1 des ventes à l'été 1976 et deux énormes tubes en sont extraits, I'll Be Good To You et Get The Funk Out Ma Face. Comme quoi, la splendide chemise lamée aluminium à col pelle à tarte que porte Louis Johnson sur la pochette devait être à l'époque le summum du cool. L'album n'est pourtant pas forcément des plus accessibles, tirant autant sur le jazz rock que sur le funk. En fait, Look Out For #1 est avant tout un album de musiciens virtuoses et un peu frimeurs, les deux compères et Quincy ayant peut-être tendance à en faire trop. Certains solos de guitare ou lignes de synthé ont ainsi quand même pas mal vieilli. Attention j'ai bien écrit pas mal et non mal. C'est aussi sur cet album que l'on peut trouver Tomorrow, splendide ballade soul futuriste et instrumentale, break archi connu dont la mélodie a été très largement samplée.

The Brothers Johnson - Tomorrow

Look Out For #1 was brothers Louis and Georges Johnson first album and was produced by Quincy Jones. It enjoyed massive success and features the classic break Tomorrow, a splendid and futuristic soul ballad that was heavily sampled.


dimanche 12 avril 2009

Little Roy - More From A Little (Lion Inc. - 1999)

C'est ce que l'on appelle une bonne surprise de bac à soldes. Avant d'acheter ce disque pour une poignée ridicule d'euros, je n'avais que vaguement entendu parler de Little Roy. Et à vrai dire, j'ai plus acheté More From A Little pour le nom d'Adrian Sherwood, crédité en temps que réalisateur du mixage, vu que le gaillard n'est pas franchement du genre à associer son nom avec de la merde, surtout lorsque l'on parle de reggae. Star du reggae roots des 70's, Little Roy a perdu pied à la fin de cette même décennie, pour sombrer dans un relatif anonymat tout au long des 80's. Tiré de l'ombre par le grâce de Steely & Cleevie, qui transformèrent en 1990 le riddim de l'un de ses tubes, Prophecy, en un hit pour Freddie McGregor, Little Roy a tenté de se refaire une santé au Royaume-Uni. Rapidement récupéré par Adrian Sherwood dans la galaxie On Un Sound, Little Roy a alterné compilations de ses anciens succès pour Pressure Sounds (Tafari Earth Uprising, Packin' House) et nouvelles productions pour On U Sound (Longtime) ou des labels roots amis, comme Lion Inc. More From A Little est ce que l'on pourrait donc qualifier d'exercice de reggae roots brillant dans son exécution mais très classique dans sa forme. Little Roy y réenregistre même deux anciennes productions (le morceau synonyme de sa résurrection, le lumineux Prophecy, mais aussi la ballade Natty Yard), même s'il tente des ouvertures sonores vers des influences africaines (Mamma) ou dub (False Teachers, A Little More Dub). Il faudra sans doute s'armer de patience pour dénicher ce disque car il semble être devenu au fil du temps indisponible sur les principaux sites de vente en ligne et jamais réédité. Comme quoi le cyberespace peut encore être battu par le bac à soldes de l'un des rares derniers disquaires de quartier.

Little Roy - Prophecy


This hard to find reggae roots record is closely linked to the On U Sound and Adrian Sherwood galaxy. It's an excellent come-back effort of Little Roy, who re-recorded for the occasion two of his most famous songs, Prophecy and Natty Yard.

samedi 11 avril 2009

Isaac Hayes - Juicy Fruit (Disco Freak) (HBS/ABC/Stax - 1976)

On l'ignorait jusqu'à il y a peu, mais il existe un lien secret entre Nicolas Sarkozy et Isaac Hayes: la banane, qu'Isaac Hayes tient entre ses dents en jaillissant de l'eau au dos de la pochette de Juicy Fruit (Disco Freak). Le symbole est bien lourdaud mais logique pour un Isaac Hayes qui cultive et peaufine depuis le début de sa carrière une image de mac bling bling: manteaux de fourrures, chaînes en or, bagouzes et lunettes de soleil. Avec cette éclairage, la banane sarkozienne révèle toute sa valeur hyperbolique et refoulée. Mais bon, trève de politique, revenons à la soul. Depuis 1974, Isaac Hayes a claqué la porte de Stax. En pleine déliquescence artistique et financière, la vénérable institution de la soul sudiste s'est révélée incapable de lui payer un important arriéré de royalties. Isaac Hayes décide alors de créer sa propre maison de disque, toute entière dévolue à sa gloire, Hot Buttered Soul, concluant un accord avec ABC Records pour la distribution. Isaac Hayes sortira quatre albums en peu plus d'un an sur Hot Buttered Soul: Chocolate Chip, Juicy Frut (Disco Freak), Groove-A-Thon et A Man And A Woman. Sa mégolamanie conduit vite la label à la faillite et en 1977, Black Moses signe chez Polydor. La période Hot Buttered Soul est surtout celle d'un Isaac Hayes en pilotage automatique, qui cherche avant tout à se faire un nom au cinéma et se repose avec opportunisme sur les lauriers de sa gloire passée pour ce qui concerne la musique.

Juicy Fruit (Disco Freak) a ainsi tous les attributs de l'album racoleur: des gonzesses à poil (les pin-ups de la pochette font même tomber la culotte à l'intérieur du disque) et un titre avec disco dedans vu qu'à l'époque ça fait vendre. Pourtant, on y compte aucun morceau à proprement parler disco mais une belle série de ballades ou de mid tempos recyclant les recettes de la soul selon Isaac Hayes: une voix caverneuse, des cuivres, une guitare wah wah, des cordes et des choeurs. Aucun morceau ne sort réellement du lot mais le tout ne mérite pas forcément sa mauvaise réputation et passe même plutôt pas mal.

Isaac Hayes - Juicy Fruit (Disco Freak)

Juicy Fruit (Disco Freak)
has not a really good reputation among Isaac Hayes aficionados. In 1976, the black Moses is begining to decline and his Stax masterpieces seem far behind. But it still is an Isaac hayes album and by thus it sounds pretty good to my ears.