mardi 14 octobre 2008

T-Love - Long Way Up (The Basement Tapes) - (Brawl Records - 2008)

Long Way Back fût l'une des plus agréables suprises de l'année 2003. Depuis, on avait un peu perdu de vue la rappeuse Taura Love, alias T-Love, jusqu'à ce que ce florilège de titres rares et inédits sorte un peu par surprise. Si l'on en croit la bio de la rappeuse, il s'agirait même de son testament, la belle ayant décidé de se consacrer au chant de laisser tomber le rap. C'est dommage, car elle montre une parfaite maîtrise des deux disciplines, chose suffisamment rare pour être signalée. Pour son chant du cygne, justement, T-Love s'est plongée dans ses archives, exhumant 21 perles enregistrées entre 1988 et 2002 avec Mudfoot (devenu ensuite Alchemist), DJ Lethal (jadis DJ des sautillants House Of Pain), The Herbaliser, Kenny Segal, Frankenstein, Beyond There, Mike Green ou encore That Kid Named Miles. Bien que soniquement daté, force est de constater que l'ensemble est plus que solide et tient même encore franchement la route. Tout considéré, la qualité de l'ensemble est même mille fois plus fraîche que pas mal de trucs sortis dernièrement. C'est peut-être même là le problème: écouter des chutes de studio enregistrées dix ans en arrière et se rendre compte que c'est mieux que ce qui est fait aujourd'hui. Ou bien c'est la preuve manifeste que l'on vieillit et que décidemment tout était VRAIMENT mieux avant, ou bien c'est juste la preuve qu'une certaine partie de la scène hip hop contemporaine, une fois sorti de la grosse artillerie commerciale, n'a pas forcément brillé dernièrement par sa capacité à innover. et à inventer de nouvelle formes. Si pas mal de morceaux de Long Way Up sont bâtis sur le même schéma (une boucle jazzy, quelques scratchs et échos sur un beat boom bap), quelques morceaux se détachent particulièrement et se révèlent être même de purs et rares moments de grâce. On My Mind, produit par Beyond There, s'avère être très largement au niveau de ce que fait aujourd'hui à prix d'or Mark Ronson pour Amy Winehouse. Quand on écoute Foolish Pride, on comprend aussi beaucoup mieux la longévité d'un groupe comme Herbaliser, responsable de l'instru. Take Control, oscille lui entre drum&bass et nu-soul tandis qu' Aromatherapy retrouve l'esprit des premiers morceaux de Portishead. On soulignera enfin l'efficacité de Fortress, comme échappée d'une session avec DJ Premier, même si c'est Frankenstein qui est derrière la console. On signalera tout de même juste pour rire qu'il existe aussi un chanteur polonais atroce qui répond au nom de T.Love. Par pitié pour vos oreilles, vous ne trouverez dans ce blog aucun lien conduisant vers des extraits de son oeuvre.

T-Love - On My Mind

Long Way Up is the last effort of T-Love in hip hop, T-Love (who must not be mistaken for the shitty polish singer named T.Love) renouncing to rap for a full-time signing career. She digged deep in her personal archives to exhume 21 excellent songs, some of which are absolutely oustanding (On My Mind, Foolish Pride, Take Control, Aromatherapy, Fortress).

samedi 11 octobre 2008

The Easy Project II - House Of Loungecore (Sequel Records - 1996)

Les bacs à solde des disquaires peuvent receler de fabuleuses merveilles sous l'emballage le plus hideux. Prenez par exemple House Of Loungecore. Le nom lounge, d'abord, fait peur, tant le terme fut dévoyé par des compilations pour mangeoires toutes plus frelatées les unes que les autres et que la nourriture servie dans ces endroits infâmes. Prenez la pochette, ensuite, qui fait de gros efforts pour paraître téléportée des 60's mais qui est juste grotesque: on ne croît pas plus aux couleurs psychés qu'au clône de Georges Lazenby se faisant dégraffer la chemise par une blonde en mini short. Et pourtant, échappée de la vague de réhabilitation de l'easy-listening qui déferla en même temps que l'invention du trip-hop au milieu des années 90, House Of Loungecore fait la part belle à la crême des compositeurs de musique de film britanniques des 60's et 70's (Roy Budd, Laurie Johnson) et à une poignée de requins de studio ici particulièrement inspirés (John Schroeder, Alyn Ainsworthn Tony Hatch), à priori tous publiés sur le label Pye Records. L'inspiration et la tonalité principale sont donc plutôt à chercher du côté de la musique de film ou de la library music de la même époque, plutôt que de l'easy listening stricto sensus, et souffre sans aucune difficulté la comparaison avec ce que sortaient à la même époque Ennio Morricone, Riz Ortalani ou François de Roubaix, avec en plus une petite touche swinging london. Cuivres rutilants, choeurs féminins, guitares wah wah, et envolées de moog sont donc de la partie mais il ne pas faut s'étonner qu'ils fassent subir les derniers outrages au Pinball Wizard des Woo. Et pour les amateurs d'incongruité, il convient de souligner l'étrange ressemblance entre le refrain de la scie Wonderwall d'Oasis et celui du beaucoup moins connu (du moins chez le commun des mortels) Wana Nana Wana Nana de The John Schroeder Orchestra. Signe qui ne trompe pas, le disquaire qui m'a vendu ce disque 5 euros fût particulièrement dégoûté du rapport qualité/prix en ma faveur d'acheteur à l'écoute du disque, réalisant que la qualité du bien aurait justifié facilement 5 euros de plus.

The Harry Roche Constellation - Pinball Wizard

Far from being a frelated bar or restaurant compilation, House Of Loungecore reunites the cream of the crop of british film composers of the 60's and 70's (Roy Budd, Laurie Johnson) and a few, this time well inspired, pop composers (John Schroeder, Alyn Ainsworthn Tony Hatch). The result is not far away from what Ennio Morricone was doing at the same time.

Roy Budd And His Orchestra - Fear Is The Key (Main Theme)

jeudi 9 octobre 2008

Gorge Profonde (Deep Throat) (P.D. Inc. - 1972)

Alors là, afin de ranimer une audience défaillante, Zorba le Break va faire dans le trivial, le cul, la gaudriole, le graveleux. Gorge Profonde, c'est d'abord un film légendaire à la trajectoire hors norme (voir sur ce sujet l'excellent documentaire Inside Deep Throat). Deep Throat, c'est le film que vos parents ou grand-parents babyboomers sont allés voir secrètement en Suisse, dont ils parlent encore l'air émoustillé. Gorge Profonde, c'est la vaguelette qui a annoncé le tsunami pornographique à venir et qui ne s'est depuis jamais tari. En quelques années la libido tout juste libérée des populations productives occidentales va être submergée par un flot interrompue de reproductions sur pellicules de l'acte sexuel de façon non simulée. Ce sont les fresques du Vicola Del Lupanare de Pompei mises enfin à la portée de toutes les bourses...Après cette remise en perspective, je dois convenir que regarder Deep Throat aujourd'hui ne procurera pas la moindre excitation sexuelle au spectateur mâle moyen. Mais on pourra contempler à loisir une époque où la représentation de la chair à l'écran était certes moins esthétique, moins épilée, mais dans l'ensemble vachement plus joyeuse. Sur un fond de papier peint à grosses fleurs et de musique psyché, Linda Lovelace et s'amis se livrent à d'amusantes bacchanales dans une apparente et communicative bonne humeur. Pour un peu, en fait, on se croirait dans les bonus de Boogie Night. Les hardeurs y ont la moustache plus grosse que la bite et la fellation, pénible passage mécanique et obligé dans le porno moderne, y est subtilement mis en abîme par le scénario du film: Linda Lovelace découvre que son clitoris se situe au fond de la gorge et que seule la fellation est à même de lui déclencher des orgasmes.

Deep Throat is the movie that your parents or grand parents went to see secretly in the 70's. Watching nowadays, is like watching Boogie Nights cut scenes: hairy girls, moustaches bigger than dicks and globaly actors having fun on the screen.